Les récentes études le démontrent : le nombre de personnes infectées pas le VIH continue d’augmenter, notamment au sein de la population québécoise. Selon les données du Programme de surveillance de l’infection par le VIH au Québec, publiées par l’Institut national de santé publique du Québec en 2010, le pourcentage des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes infectés est maintenant estimé à 12,5 %. Le nombre de cas au sein de la population hétérosexuelle est également à la hausse, et compte pour 30 % des cas recensés au Québec.

Les usagers de drogues injectables présentent les plus hauts d’infection par le VIH et le VHC, avec des taux de prévalence et d’incidence de 18 % et de 3 p. 100 personnes-année pour le VIH et de 66 % et 27 p. 100 personnes-année pour le VHC (Parent R, Alary M, Morissette C, et al. Surveillance des maladies infectieuses chez les utilisateurs de drogue par injection - Épidémiologie du VIH de 1995 à 2008 - Épidémiologie du VHC de 2003 à 2008. (Montréal), 2010).

Quant au VPH, l’infection par ce virus constitue la maladie transmise sexuellement la plus répandue au monde, tant chez l’homme que chez la femme. Une étude prospective réalisée par des membres du Réseau SIDA / MI a révélé que l’infection par le VPH touche plus de 70 % des jeunes étudiantes universitaires montréalaises, actives sexuellement (Richardson H, Kelsall G, Tellier P et al. The natural history of type-specific HPV infections in female university students. Cancer Epidemiol Biom Prev 2003; 12:485-90.)

À ce jour, nous avons un bon portrait de la situation et une bonne connaissance des modes de transmission du VIH, du VHC et du VHP. Toutefois, il est essentiel de mieux décrire l’épidémie dans son ensemble – nouvelles infections, réinfections, surinfections, dynamique de transmission – et de mieux comprendre les facteurs qui influent sur la transmission de ces virus, tant les facteurs viraux, de l’hôte et immunologique que ceux de nature comportementale et sociale. En s’appuyant sur ces nouvelles connaissances, il sera possible de proposer des stratégies de prévention innovatrices et adaptées au contexte québécois.


Les objectifs scientifiques

Les projets de recherche menés dans le cadre de cette initiative stratégique vise principalement à :

  • Déterminer l’incidence de nouvelles infections, de réinfections et de surinfections, d’une part, par le VIH et le VHC au sein des populations vulnérables et, d’autre part, par le VHC chez les nouveaux couples hétérosexuels.
  • Caractériser les co-facteurs de transmission  du VIH, du VHC et du VPH, soit les facteurs viraux, de l’hôte et sociaux.
  • Suivre l’évolution des chaînes de transmission et de la résistance des différentes souches de VIH et de VHC au sein de la population québécoise, notamment à l’aide de modèles mathématiques permettant d’intégrer les données épidémiologiques et phylogénétiques.
  • Établir la relation entre la neutralisation autologue pendant la grossesse et la transmission de la mère à l’enfant du VHC.
  • Mettre au point des stratégies, y compris des méthodes de diagnostic précoce, pour améliorer le dépistage des cas d’infection par le VIH et le VHC au sein des populations à risque.
  • Évaluer l’effet d’interventions ciblées sur les changements de comportements à risque quant à la transmission du VIH, du VHC et du VPH.


Les principales hypothèses

Les chercheurs participant à cette initiative stratégique orientent leurs travaux afin de valider les hypothèses suivantes :

  • Les chaînes de transmission en phase aiguë impliquant de grands regroupements – supérieurs à 10 individus – sont responsables de la majorité des nouvelles infections au Québec et de la transmission de souches résistantes.
  • Une charge virale élevée et certains sous-types viraux et facteurs de l’hôte augmentent le risque de transmission et favorisent l’expansion des grands regroupements.
  • La neutralisation autologue du VHC et le transfert transplacentaire de cette protection influent sur la transmission du VHC de la mère à l’enfant.
  • Dans le cas des usagers de drogues injectables (UDI), il existe une corrélation entre l’incidence des infections par le VIH et le VHC et le contexte socio-économique, la criminalité ainsi que la proximité des services de prévention.
  • Le dépistage et la prise en charge précoces d’individus infectés contribuent à contenir la transmission des virus.
  • Il existe une corrélation entre l’incidence des comportements à risque des UDI et les problèmes de santé mentale et cette corrélation peut être modifiée par une approche incluant l’entretien motivationnel.
  • La vaccination n’a pas d’effet sur la transmission des VPH oncogènes autres que 16 et 18.


L’approche stratégique

Pour soutenir le travail des chercheurs, cette initiative stratégique prévoit les actions suivantes :

  • Déployer les cohortes ainsi que les banques d’échantillons et de données socio-démographiques et cliniques concernant les personnes à haut risque d’infection par le VIH, le VHC et le VPH et ce, afin de déterminer l’incidence des infections et de caractériser les cofacteurs de transmission et évaluer les interventions visant à réduire la propagation de ces virus.
  • Mettre en place des infrastructures technologiques pour développer et valider des méthodes d’analyse moléculaire et immunologique en vue du diagnostic précoce des infections, pour mesurer la résistance des différents sous-types viraux, et pour étudier le rôle des facteurs viraux et de l’hôte dans le processus de transmission.
  • Développer des stratégies pour le dépistage précoce au sein des populations à risque et pour des interventions ciblées visant à modifier les facteurs et les trajectoires de risque liés à la transmission.


Les infrastructures

Pour réaliser leurs travaux, les chercheurs auront accès aux infrastructures existantes et nouvelles mises en place par le Réseau. Il s’agit entre autres de :

  • Les cohortes de personnes à haut risque d’infection par le VIH, le VHC et le VPH et en phase aiguë d’infection (primo-infection).
  • Le registre des personnes vivant avec le VIH.
  • Les banques d’échantillons et de données socio-démographiques et cliniques.
  • Les plateformes des facteurs de l’hôte, de la souris humanisée, de surveillance de l’épidémie du VIH au Québec, de génotypage de la résistance virale, de génomique du VPH et de prévention.


Les retombées

Cette initiative stratégique permettra de mieux comprendre les dimensions virologique, immunologique, individuelle et sociale de la transmission du VIH, du VHC et du VPH. Elle mènera à l’obtention d’un portrait global de la transmission et à l’établissement des stratégies possibles pour réduire le nombre de nouveaux cas d’infection.