La thérapie antirétrovirale a transformé l’infection par le VIH en une maladie chronique gérable. La survie prolongée des personnes infectées rend possible une vie satisfaisante et productive, tout en représentant des défis quant à la gestion à long terme du traitement et de ses effets indésirables. Des efforts constants et perpétuels d’adaptation doivent être consentis pour composer avec ces situations difficiles. La personne vivant avec le VIH demeure vulnérable sur le plan psychologique. Sans oublier les interactions complexes dans les cas de co-infections, de comorbidités, de stimulation immune et de toxicité médicamenteuse qui constituent des défis importants.

Par ailleurs, les infections par le VIH, le VHC ou le VPH peuvent être la cause de diverses comorbidités. Bien que la thérapie antirétrovirale permette un meilleur contrôle de la majorité des infections et néoplasies opportunistes associées au VIH, certaines comorbidités et co-infections peuvent toujours avoir une incidence négative sur la qualité de vie des patients. Les maladies hépatiques terminales et le carcinome hépatocellulaire causés par le VIH sont désormais les premières causes de morbidité et de mortalité des personnes co-infectés par le VIH et le VHC.

En fait, les comorbidités liées au vieillissement des personnes vivant avec le VIH sont en croissance. Il est essentiel de mieux connaître ce phénomène ainsi que les mécanismes par lesquels le VIH accélère le processus de vieillissement. C’est ce qui va permettre la mise au point de moyens novateurs pour prévenir et traiter les co-morbidités ainsi que pour mieux gérer les défis propres à la chronicité de l’infection par le VIH.

Les objectifs scientifiques

Cette initiative vise principalement à :

  • Cerner les mécanismes du vieillissement accéléré associé au VIH par la caractérisation des déterminants virologiques induisant l’activation chronique du système immunitaire et les voies d’activation immunologique susceptibles d’influencer les comorbidités.
  • Définir les phénotypes associés au vieillissement chez l’enfant et l’adolescent infectés par le VIH en fonction du traitement antirétroviral et de données pharmacocinétiques.
  • Pour les individus porteurs du VIH, identifier les facteurs viraux (VIH, VHC et VPH) et de l’hôte qui contribuent à accroître la vulnérabilité à un risque cardio-vasculaire, à la néoplasie intra-épithéliale anale (AIN) de haut grade et à la fibrose hépatique accélérée induite par le VHC en tenant compte de la résistance à l’insuline.
  • Établir la prévalence des affections neurocognitives en fonction du degré de fibrose des personnes infectés par le VHC, du traitement antirétroviral, du traitement anti-VHC et du vieillissement.
  • Évaluer des méthodes novatrices de prévention et de traitement des comorbidités, dont les maladies cardiovasculaires, les lésions ano-génitales précancéreuses et les lésions hépatiques induites par le VHC.
  • Identifier les biomarqueurs du VPH en réponse à un traitement.
  • Mesurer les effets du traitement de l’infection par le VHC sur la progression vers des maladies hépatiques terminales et le carcinome hépatocellulaire.
  • Identifier les stratégies visant à éviter ou à ralentir la progression de l’infection par le VHC vers des maladies hépatiques terminales et un cancer hépatique chez les patients ne répondant pas à un traitement anti-VHC.
  • Évaluer les interventions visant à faire face aux défis que posent la chronicité de l’infection par le VIH et de la co-infection VIH-VHC et à minimiser les risques de maladies cardio-vasculaires et de diabète.

 

Les principales hypothèses

Les chercheurs participant à cette initiative stratégique orientent leurs travaux afin de valider les hypothèses suivantes :

  • Avec le temps, les comorbidités non classifiantes pour le sida des personnes vivant avec le VIH augmentent en importance au Québec.
  • L’activation immunitaire persistante sous traitement antirétroviral est un facteur associé à l’apparition de comorbidités non classifiantes pour le sida.
  • Des phénomènes de comorbidité et de vieillissement prématuré sur les plans tant cellulaire que tissulaire sont observés à la fois chez les enfants, les adolescents et les adultes infectés par le VIH ou par le VHC.
  • Les dysfonctions neurocognitives sont plus fréquentes chez les patients co-infectés par le VIH et le VHC et qui suivent un traitement antirétroviral que chez les patients mono-infectés qui suivent le même traitement.
  • La résistance à l’insuline couplée à un traitement antirétroviral augmente le risque de maladie hépatique chez les patients co-infectés par le VIH et le VHC.
  • La charge virale de certains VPH oncogènes, excluant l’intégration, et le nombre de types de VPH combinés au nadir en CD4, permettent d’identifier les personnes à haut risque de développer une néoplasie intra-épithéliale anale (AIN) de haut grade et de présenter une récidive post-traitement.
  • Le traitement à l’argon s’avère moins douloureux et aussi efficace que les traitements traditionnels des AIN.
  • Des interventions préventives et de soutien thérapeutique permettent de réduire les facteurs de risque liés aux maladies cardiovasculaires et au diabète chez les PVVIH.


L’approche stratégique

Pour soutenir le travail des chercheurs, cette initiative stratégique prévoit les actions suivantes :

  • Assurer une base d’étude vaste et diversifiée d’individus infectés par le VIH par un appui aux cohortes existantes et par l’augmentation de la base d’individus présentant des comorbidités ou des risques de comorbidités.
  • Mettre en place un registre des PVVIH à Montréal comme effet de levier à l’étude des déterminants et des comorbidités.
    Maintenir la plateforme de pharmacocinétique des antirétroviraux pour l’étude précise et exacte des effets de la thérapie antirétrovirale sur le vieillissement.
  • Mettre en place une banque d’échantillons cervico-vaginaux post-traitement de lésions pré-cancéreuses pour déterminer les facteurs viraux prédictifs de récidive de lésions intra-épithéliales.
  • Soutenir une infrastructure d’évaluation du traitement aiguë et chronique du VHC pour documenter les interventions et les initiatives susceptibles de rendre le traitement accessible et le plus efficace possible.
  • Mettre au point et valider des outils d’analyse moléculaire de l’infection par le VPH à l’aide de la plateforme génomique et des analyses de HLA comme facteurs de l’hôte.
  • Développer une plateforme de prévention pour structurer le développement et la validation d’interventions novatrices de prévention tertiaire.
  • Mettre au point des outils pour mesurer les atteintes neurocognitives chez les individus infectés par le VHC.

 

Les infrastructures

Pour réaliser leurs travaux, les chercheurs auront accès aux infrastructures existantes et nouvelles mises en place par le Réseau. Il s’agit entre autres de :

  • Les diverses cohortes concernant les éléments cliniques et épidémiologiques.
  • Les banques d’échantillons pour identifier les déterminants de progression clinique et de non-réponse au traitement des agents co-infectants.
  • Le registre des personnes vivant avec le VIH pour établir les prévalences de maladies métaboliques et cardiovasculaires non classifiantes du sida et pour déterminer les facteurs favorisant ces désordres.
  • Les plateformes de facteurs de l’hôte et de génomique du VPH.

 

Les retombées

Les travaux poursuivis dans le cadre de cette initiative stratégique permettront de dresser un portrait de la situation concernant les comorbidités liées au VIH, au VHC et au VPH, incluant leur importance, les facteurs prédictifs, les méthodes préventives, et les modes de traitement. Les chercheurs concerteront leurs efforts pour mettre au point et déployer les meilleures pratiques de prises en charge des patients ainsi que les meilleures stratégies de prévention. Il s’agit également de permettre aux personnes infectées de mieux gérer les défis propres aux ITSS et à leur traitement.